Junon

(image du net)

 

LE PAON SE PLAIGNANT A JUNON

Jean de La Fontaine

 

(Source : Phèdre, livre  III, 18)

 

Le Paon se plaignait à Junon.
Déesse, disait-il, ce n'est pas sans raison
 Que je me plains, que je murmure (1) ;
   Le chant dont vous m'avez fait don
    Déplaît à toute la Nature :
Au lieu qu'un Rossignol, chétive créature,
 Forme des sons aussi doux qu'éclatants,
   Est lui seul l'honneur du printemps.
    Junon répondit en colère :
        Oiseau jaloux, et qui devrais te taire,
       Est-ce à toi d'envier la voix du Rossignol ?
       Toi que l'on voit porter à l'entour de ton col
        Un arc-en-ciel nué (2) de cent sortes de soies ;
       Qui te panades (3) , qui déploies
       Une si riche queue, et qui semble à nos yeux
        La boutique d'un Lapidaire (4) ?
        Est-il quelque Oiseau sous les cieux
        Plus que toi capable de plaire ?
        Tout animal n'a pas toutes propriétés.
         Nous vous avons donné diverses qualités :
        Les uns ont la grandeur et la force en partage ;
        Le Faucon est léger, l'Aigle plein de courage,
            Le Corbeau sert pour le présage,
        La Corneille avertit des malheurs à venir :

       Tous sont contents de leur ramage (5) .
     Cesse donc de te plaindre, ou bien pour te punir
      Je t'ôterai ton plumage. (6)



(1) dans "la Besace" I,7, les animaux étaient tous contents de leur sort...
(2) nuer : nuancer, disposer les couleurs selon les nuances (terme de tissage de laine ou soie)
(3) se panader : faire parade, se pavaner, marcher avec une gravité fière
(4) marchand de pierres précieuses, "riche queue" et "qui semble" vont... ensemble.
(5) chant
(6) Oh ! je vous laisse imaginer ce qui resterait !